une nouvelle vision de l'Art

Poésie

« Au commencement était le Verbe…… », c’est ainsi que commence l’Apocalypse de Saint Jean, et ces mots, qu’est-ce qu’ils signifient ? Ces mots nous conduisent directement vers l’origine de la poésie, vers le langage, qui constitue également la structure de la vie sociale humaine sur Terre. Pourquoi nous adressons-nous les uns aux autres au moyen de la parole, et en quoi cette forme de communication diffère-t-elle de la poésie ? Nous savons certainement que la seule exception à cette règle revient à Cyrano de Bergerac, qui parlait en vers. Mais en règle générale les individus se parlent plutôt en prose, sur des sujets terre-à-terre issus de la vie quotidienne. Cela peut signifier, quelque part, que la poésie n’est pas liée à la vie de l’homme au quotidien, la vie terrestre. Si c’est bien de cela qu’il s’agit, à quoi est-elle donc liée ?

 

Pour être en mesure de répondre à cette question, il faut tout d’abord comprendre que la vie de l’homme se situe en principe à deux niveaux : un niveau humain, terrestre, et un autre niveau, spirituel celui-là, qui est du domaine de l’âme. Le niveau humain, c’est là où se situe la prose, la vie ‘prosaïque’ comme on dit parfois. C’est la vie de la nécessité physique, matérielle qui constitue la base de notre existence corporelle sur Terre ; mais est-ce là notre seul degré d’existence ? S’il nous arrive de qualifier cette vie de ‘prosaïque’, cela suppose que nous aspirons malgré tout à autre chose, à quelque chose de meilleur, qui va bien au-delà, mais quoi ? Il s’agit d’une vie poétique qui, elle, fait référence au domaine de l’âme, à une existence, ou une conscience, spirituelle.

 

En somme, on peut dire que la poésie est le langage de l’âme qui, lui, relève de la partie spirituelle, ou Divine, de la structure humaine, et c’est de cela qu’il est question dans la phrase : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Le Verbe, c’est le langage Divin au moyen duquel l’Esprit qui a créé cet Univers a construit ce monde. Ce langage est à la fois une pensée, une Idée et une première forme ou extériorisation de cette pensée, c’est-à-dire un ‘mot’. Ces ‘mots’, pour l’exprimer ainsi, ont constitué les superstructures de notre Univers, comme un grand Poème Divin. Peut-être pourrions-nous dire que l’Univers est un grand poème épique dont les lettres constituent les créatures qui toutes ensemble forment les phrases, le contenu. Pour le moment, on peut dire qu’il y a encore beaucoup de phrases inachevées qui ne riment pas parfaitement et cherchent encore à s’harmoniser… mais Dieu a le temps ! La poésie telle que nous la connaissons n’est encore qu’un pâle reflet de cette poésie Divine, mais elle a certainement sa raison d’être. La poésie, correctement comprise, peut justement conduire l’homme en direction de l’âme, de son âme, et par ce biais l’élever, le tirer hors de la vie prosaïque purement terrestre.

 

C’est cela que cherchent, souvent inconsciemment, ceux qui aiment cet art, qui aiment la belle parole et ce qu’elle cherche à éveiller en eux. Cependant, quand la poésie était encore un art ‘bien dans les règles’, pour ainsi dire, elle possédait encore la plupart du temps cette force édifiante qu’elle a perdu les derniers 150 ans.  Les poètes Grecs se servaient de tout un ensemble de règles et de structures poétiques telles que le monomètre, le dissyllabe, ou des pieds de vers tels que l’anapeste, le trochée ou encore l’iambe. En français on connaît l’alexandrin, le vers à 12 pieds, et ce genre de structures ou de systèmes de vers existaient déjà dans la poésie Arabe ou dans la poésie Védique de l’Inde ancienne. Dans toutes les cultures, partout dans le monde où la poésie écrite a vu le jour, des structures du même genre ou sur le même principe ont existé; et quelle en était l’origine ? L’origine de ces structures se trouve dans un monde qui transcende le monde incarné, terrestre, et qu’on peut appeler le monde Divin, auquel certains philosophes grecs faisaient référence en parlant du monde des Idées. Ce monde mental qui va au-delà de l’intellect humain, et qui est le siège (en partie) de l’âme, c’est lui qui, de tout temps, a fourni les structures poétiques à tous les poètes et poétesses réellement inspirés. C’est ce qui explique en grande partie l’effet édifiant qu’exerçaient de tels poèmes sur les individus qui s’en imprégnaient, car cette inspiration puisait véritablement à une source Divine.

 

Mais ces époques sont révolues, et l’humanité a évolué vers plus de liberté et de créativité personnelles, individuelles, parallèlement au développement de son intellect. Actuellement, en ce qui concerne la majorité des poètes, cet intellect puise dans le subconscient personnel et individuel des artistes concernés et non plus dans des sources d’inspiration plus élevées. Cela engendre des poèmes qui s’inspirent le plus souvent d’un vécu émotionnel et sentimental humain et qui ne décrivent plus des réalités qui transcendent ce vécu et qui touchent à l’âme. Cela ne constitue pas un problème en soi, et pourtant le fait est que l’être humain et l’humanité dans son ensemble ne se trouvent plus transportés vers le haut. Parce que, quoiqu’on en dise, ces deux mondes, l’humain et le Divin, le terrestre et celui de l’âme, ne peuvent pas se confondre. Les meilleurs sentiments humains restent des réalités humaines et ne peuvent en ce sens avoir un effet transcendant ; telle est la réalité.

 

La question est donc de savoir si le seul vécu humain nous suffit ou si nous devons malgré tout chercher à l’avenir une poésie qui va (de nouveau) au-delà ? Et si nous souhaitons aller plus loin, comment effectuer cette recherche ? Car revenir au passé n’est pas un progrès, et la liberté personnelle, quant à elle, ne semble pas suffire à garantir une inspiration qui aille au-delà du vécu individuel, humain. D’ailleurs, à quoi sert cette forme d’inspiration transcendante pour l’homme moderne, à notre époque ?

 

Mother

(à suivre)